Extraits de récits de vie

Voici quelques extraits de récits de vie que j’ai accompagnés et mis en mots.
Ils sont publiés avec l’accord des personnes concernées. Les prénoms et les lieux ont été modifiés afin de préserver leur anonymat.
Vous trouverez également en bas de page une vidéo présentant deux livres terminés, avec le nombre d’entretiens et le tarif correspondant pour chacun.

Au bal de la fanfare, « Le plus beau tango du monde » a commencé. Il m’a invitée, je l’ai rejoint sur la piste. J’ai posé ma main sur son bras, je sentais la sienne dans mon dos. Nous étions portés par la musique. Je ne le connaissais pas encore, mais je m’en souviendrai toute ma vie.

C’était le 11 novembre 1959. Nous étions montés à l’arrière de la camionnette de mon père pour rendre visite à mon oncle. Il était ce qu’on appelait « gagé » : un ouvrier agricole qui travaillait chez des propriétaires.

Le frère et la sœur de ma tante étaient également présents. Ce sont eux qui nous ont proposé d’aller au bal de la fanfare organisé pour l’occasion. C’est ainsi que Pierre et moi sommes allés à cette fête, où j’ai rencontré Jean.

La belle-sœur de mon cousin, Diane, sortait avec un garçon prénommé Maurice. En sortant du bal, Jean et Maurice ont proposé de nous raccompagner. Ils sont remontés à pied avec nous jusqu’à Burzy, où nous dormions chez la famille. Une fois arrivés en haut, ils ont dû redescendre à Bonnay pour récupérer leur mobylette.

Le dimanche suivant, alors que je vendais au marché couvert – comme tous les lundis, vendredis et dimanches pour me faire un peu d’argent de poche – qui est arrivé ? C’était Jean. Il avait demandé à un copain de le descendre à moto.

Il était courageux, parce qu’ensuite il est descendu me voir tous les dimanches. Je lui avais expliqué que je ne pouvais pas sortir – à 19 ans, je sortais uniquement avec ma mère. Je lui avais proposé de venir à la maison, car je n’avais pas d’autres options, en lui disant que ce n’était pas un engagement. Si, dans six mois, je ne lui plaisais pas ou s’il ne me plaisait pas, nous pouvions arrêter.

Ainsi tous les dimanches il descendait de Bonnay à mobylette, passait l’après-midi avec moi, mangeait avec nous avant de repartir le soir. Je l’accompagnais au portail pour lui dire au revoir, et souvent cela durait une heure. Quand enfin je rentrais, ma mère me disait en riant : « Ah, je te croyais partie avec lui ! ». Je l’ai vraiment trouvé courageux de faire tous ces trajets. Il m’écrivait aussi chaque semaine. C’était une autre époque.

Cette journée de novembre 1964, nous sommes arrivées devant cette grande maison. La vigne était dépouillée. Nos affaires tout juste déposées dans la grande cuisine. Les chambres étaient vides. Le lieu froid n’attendait que nous, pour qu’une nouvelle vie commence.

Cette maison avait été occupée par le père de ma cousine. Décédé dans l’année 1964, aucun membre de sa famille n’a voulu prendre la suite. Sa femme a préféré s’installer dans leur maison à Passy. Leurs filles vivaient avec leur mari ; quant à leur fils, il n’aimait pas la vigne, n’a pas souhaité reprendre l’activité et a préféré devenir facteur à Vienne.

Le régisseur était un cousin de Claude, ce qui nous a permis d’avoir la place. Nous nous sommes installés, et nous y sommes restés. Nous travaillions pour le Château de la Motte, qui nous a offert de meilleures conditions que la maison D.

C’est dans cette maison que ma fille, Christine, est née quelques années plus tard, en 1965. Pour mon second accouchement, je n’avais pas souhaité retourner à la maternité. J’avais été fatiguée par les chambres partagées et ne gardais pas de bons souvenirs de certains soins.

Nous avions trouvé une excellente sage-femme, qui pratiquait les accouchements à domicile.

Je ne regrette pas ma vie, même si je suis née à une époque où il y avait beaucoup moins de choses qu’aujourd’hui. Lorsque j’étais plus jeune, j’avais peu d’amis, car le métier de maraîcher était mal vu. Mais plus tard, avec Paul, nous avons créé de vrais liens avec nos voisins.

Mon seul regret est de ne pas avoir pu travailler dans la couture, puisque, étant l’aînée, je devais aider mon père. Mais je ne remercierai jamais assez ma mère de m’avoir permis de prendre des leçons de couture, pour que je puisse malgré tout exercer ma passion.

J’ai été heureuse en ménage, et mes enfants ne se chamaillaient pas. La seule chose qui a été dure, c’est la maladie puis le décès de Paul. Mais je ne me suis jamais sentie coupable : j’ai essayé de l’accompagner comme j’ai pu. J’ai fait face et traversé cette épreuve qui fait partie de la vie.

Lorsque je regarde ma vie, je me dis qu’elle était bien, et je ne pensais pas vivre aussi vieille…

On lui a rapidement reconnu un talent particulier pour représenter le pelage et le regard des animaux. Elle a commencé par exposer dans les villages alentour, puis a postulé à des expositions de plus grande renommée. Ses œuvres ont été remarquées dans plusieurs salons prestigieux, où elle a été invitée à de nombreuses reprises.

À sa grande surprise, elle a ensuite été sélectionnée par un jury national, ce qui représentait pour elle une véritable reconnaissance. Sa consécration eut lieu lors d’une exposition prestigieuse à Paris. La sélection, particulièrement exigeante, a été couronnée par l’attribution de deux prix pour l’une de ses œuvres, qui a immédiatement trouvé acquéreur.

Mais elle a su rester humble : elle n’a jamais reporté cette reconnaissance sur les tarifs qu’elle proposait à ses clients particuliers.

Dotée d’une grande capacité d’écoute et de médiation, elle est celle qui apaise les conflits, rassure et sait entendre les autres. Avec une profonde empathie, elle aide tant qu’elle le peut, mais sait aussi dire stop lorsque cela est nécessaire, pour se préserver.

Ces valeurs, elle a voulu les transmettre à ses enfants, qui, à force de les entendre, l’imitent parfois en la taquinant : « La communication, c’est tellement important dans la vie. »

Elle ne se laisse pas facilement impacter et se recentre sur l’essentiel : la vie, les proches, la santé. Cette sensibilité se retrouve également dans ses passions : ses tableaux sont un reflet de sa profondeur, et on lui dit souvent qu’ils ont une âme.

Livres terminés

Pour vous donner un ordre d’idée concret, voici deux exemples de livres réalisés : le nombre d’entretiens, le nombre de pages et le coût total de chaque projet. les vidéos sont publiées avec l’accord des personnes concernées.